La Tasmanie a beau être la plus petite île-État d’Australie, elle ne manque pas de vedettes à poils, à piquants ou à bec de canard. Dans ses forêts humides, ses landes balayées par le vent et ses plages tranquilles, on peut croiser des animaux que l’on ne voit nulle part ailleurs. Le plus célèbre porte même le nom de l’île : le diable de Tasmanie. Mais il n’est pas le seul à mériter qu’on ralentisse et qu’on ouvre l’œil.
Lors de mon premier trajet entre Hobart et la côte est, j’ai surtout admiré les paysages. Puis, au bord de la route, une forme ronde a remué dans l’herbe. Un wombat, occupé à brouter comme si le monde entier pouvait attendre. C’est souvent ainsi que les rencontres commencent ici : pas avec un spectacle organisé, mais avec un moment calme, à condition de prendre son temps et de respecter la distance. Voici où chercher les espèces emblématiques de l’île — et comment les observer sans transformer leur habitat en terrain de chasse photographique.
Le diable de Tasmanie, une icône à observer avec respect
Avec sa silhouette trapue, son pelage sombre et ses oreilles qui rougissent quand il s’agite, le diable de Tasmanie a une réputation de petite brute. Ses cris nocturnes, qui ressemblent parfois à une dispute de voisinage particulièrement animée, n’arrangent rien. Pourtant, cet animal est surtout un charognard important pour l’écosystème : il contribue à éliminer les carcasses et à limiter la propagation de certaines maladies.
À l’état sauvage, il est difficile à repérer. Le diable est principalement nocturne et préfère les zones boisées, les broussailles et les campagnes peu habitées. Les routes de Tasmanie sont parfois le meilleur endroit — ou le pire, car les collisions constituent un danger réel. Ne vous arrêtez jamais au milieu de la chaussée pour en approcher un. Si vous en voyez un depuis un lieu sûr, observez-le de loin et ne lui donnez pas à manger.
Pour une observation plus probable, rendez-vous dans un centre de conservation ou un parc animalier spécialisé, comme le sanctuaire de diables de Tasmanie situé près de Taranna, sur la péninsule de Tasman. Ces structures permettent d’en apprendre davantage sur les programmes de protection et sur la maladie tumorale contagieuse qui a fortement affecté les populations sauvages. Vérifiez les horaires et les modalités de visite avant le départ : ils peuvent varier selon la saison.
Les wombats, champions de la balade au crépuscule
Le wombat commun est l’un des animaux les plus attachants de Tasmanie. Imaginez une grosse boule de poils munie de pattes courtes, capable de creuser des terriers impressionnants. Il broute surtout à la tombée du jour et pendant la nuit, ce qui rend les heures proches du coucher du soleil particulièrement propices à l’observation.
Cradle Mountain–Lake St Clair National Park est un endroit réputé pour en apercevoir, notamment dans les prairies et les zones ouvertes autour de certains sentiers. Maria Island est une autre belle option : sur cette île sans circulation automobile, wombats et wallabies se déplacent parfois près des chemins. Les animaux restent sauvages, bien sûr, mais les promeneurs attentifs ont souvent de bonnes surprises.
Un conseil tout simple : arrêtez-vous, restez silencieux et laissez l’animal décider de la distance. Un wombat qui broute paisiblement peut sembler indifférent, mais il n’a aucune envie de poser pour votre album de vacances. Gardez aussi vos provisions bien rangées. La faune n’a pas besoin d’apprendre à associer les humains aux repas gratuits.
Wallabies et pademelons : des rencontres fréquentes, pas anodines
Les wallabies ressemblent à de petits kangourous, et l’on en croise dans de nombreuses régions de l’île : sous-bois, prairies, lisières forestières et parfois jardins en périphérie des villes. Le pademelon de Tasmanie, plus petit et plus discret, se cache volontiers dans la végétation dense avant de sortir à la fraîche. On peut en observer dans plusieurs secteurs forestiers, notamment dans le nord-est et autour de Cradle Mountain.
Leur allure paisible donne envie de s’approcher, mais la meilleure distance est celle qui leur permet de continuer leur activité sans modifier leur comportement. Si un animal cesse de brouter, se fige ou s’éloigne, vous êtes probablement trop près. Pas besoin de courir derrière lui : la Tasmanie est grande, et les occasions de le revoir ne manquent pas.
La nuit, ces marsupiaux sont particulièrement vulnérables sur les routes. Conduisez lentement au crépuscule, surtout sur les axes secondaires et dans les secteurs forestiers. En cas de traversée, freinez sans manœuvre brusque si les conditions le permettent. Les panneaux signalant la présence d’animaux ne sont pas là pour décorer les bas-côtés.
L’ornithorynque, le discret des rivières
Un mammifère à bec de canard, à queue plate et qui pond des œufs : l’ornithorynque semble avoir été imaginé lors d’une réunion où chacun aurait proposé une idée différente. Il vit dans les cours d’eau et les lacs d’eau douce, mais reste très discret. Ses sorties ont souvent lieu tôt le matin ou en fin de journée, quand la surface est calme et que les visiteurs ne font pas la conversation à voix haute.
Les rivières et les zones humides de l’île offrent des possibilités d’observation, notamment autour de certains secteurs de l’est et du nord. Les conditions changent selon les lieux et les saisons : renseignez-vous auprès des centres d’information locaux pour connaître les sites accessibles et les périodes favorables. Sur place, choisissez un point d’observation stable, éloignez-vous de la berge si nécessaire et surveillez les petites bulles ou les ondulations qui signalent parfois son passage.
L’ornithorynque peut plonger plusieurs minutes et réapparaître plus loin. Le secret est donc d’attendre. Oui, attendre sans faire défiler son téléphone toutes les trente secondes. C’est aussi une excellente manière de profiter du paysage — même si la vedette décide de ne pas se montrer.
Échidnés et oiseaux : les surprises des sentiers
L’échidné à nez court est un autre mammifère pondeur, reconnaissable à ses piquants. On peut le rencontrer dans des milieux variés, des forêts aux prairies, souvent en train de fouiller le sol à la recherche de fourmis et de termites. Il avance sans se presser et peut se mettre en boule lorsqu’il se sent menacé. Dans ce cas, laissez-le tranquille : l’observation est terminée, et il a clairement voté pour la pause.
La Tasmanie est aussi un paradis pour les amateurs d’oiseaux. Dans les forêts, ouvrez l’œil pour repérer les cacatoès noirs, les perroquets et les petits oiseaux du sous-bois. Sur les côtes et les îles, les colonies d’oiseaux marins sont particulièrement intéressantes. À Bruny Island, la réserve de The Neck offre un point de vue remarquable sur les paysages côtiers et des zones fréquentées par des oiseaux. Respectez les consignes locales, surtout pendant les périodes de nidification.
Pour l’observation, une paire de jumelles est souvent plus utile qu’un objectif gigantesque. Elle permet de voir les détails sans avancer vers l’animal, et pèse moins lourd dans le sac — vos épaules vous remercieront au bout de la journée.
Maria Island, une escapade privilégiée pour la faune
Maria Island, au large de la côte est, est l’un des meilleurs endroits pour multiplier les rencontres. On y accède en traversier depuis Triabunna, et les voitures des visiteurs restent à quai. Cette absence de circulation change le rythme : on marche, on écoute, on observe. Wombats, wallabies et oiseaux peuvent se montrer sur les pistes, dans les prairies ou près des bâtiments historiques.
Prévoyez de bonnes chaussures, de l’eau, des vêtements adaptés et suffisamment de temps. Il est possible d’y faire une excursion à la journée, mais passer davantage de temps sur l’île permet de profiter des moments calmes du matin et du soir. Les hébergements et les services étant limités, préparez votre visite à l’avance et consultez les règles du parc national.
La présence d’animaux n’est jamais garantie. C’est précisément ce qui rend l’observation intéressante : on ne vient pas cocher des cases, mais découvrir un milieu vivant, avec ses surprises et ses silences.
Quand partir et comment augmenter ses chances
La faune s’observe toute l’année, mais les meilleures heures sont souvent l’aube et le crépuscule. Les journées fraîches ou couvertes peuvent aussi être favorables à certaines espèces, tandis que la chaleur pousse souvent les animaux à rester à l’abri. Les saisons influencent les conditions de marche, l’état des pistes et l’accès à certains secteurs : vérifiez les informations officielles avant de partir, en particulier si vous prévoyez une randonnée ou une traversée en bateau.
- Marchez lentement et faites des pauses régulières pour écouter les bruits de la forêt.
- Privilégiez les jumelles et le zoom plutôt que de vous rapprocher.
- Emportez une lampe pour les déplacements nocturnes, mais évitez d’éclairer directement les animaux.
- Gardez vos aliments dans des contenants fermés et ne nourrissez jamais la faune.
- Restez sur les sentiers pour protéger les habitats et éviter de déranger les nids ou les terriers.
- Consultez les consignes des parcs nationaux et les avis concernant les routes avant chaque sortie.
Observer sans déranger : les bons réflexes
Une rencontre réussie n’est pas forcément celle où l’animal se trouve à deux mètres de vous. C’est celle où il peut poursuivre sa vie sans stress. Évitez de l’entourer, de le toucher ou de le poursuivre pour obtenir une meilleure photo. Ne bloquez pas son chemin et ne vous approchez pas d’un jeune, même s’il semble seul : sa mère peut être à proximité.
Restez également attentif aux règles de biosécurité. Certaines îles et certains parcs imposent des précautions pour limiter la propagation de graines, de maladies ou d’espèces envahissantes. Nettoyer ses chaussures et son matériel, respecter les zones interdites et remporter ses déchets sont des gestes modestes, mais précieux. Les animaux de Tasmanie ont survécu à bien des changements ; ils n’ont pas besoin que nos semelles leur apportent de nouveaux ennuis.
Enfin, gardez en tête que la route fait partie de l’expérience. Le meilleur moyen d’éviter les collisions est de réduire sa vitesse, surtout après la tombée de la nuit. Si vous repérez un animal blessé, ne le manipulez pas : éloignez-vous de la circulation et contactez les services locaux de secours à la faune.
En Tasmanie, observer les animaux demande moins de chance qu’on ne le croit : il faut surtout du temps, de la discrétion et une bonne dose de patience. Un wombat qui broute, un ornithorynque qui fend l’eau ou un diable qui traverse la nuit peuvent transformer une simple étape en souvenir durable. Alors, ralentissez le pas, levez les yeux et laissez l’île choisir qui viendra vous saluer.
